Il y a encore quelques mois, Honda semblait prêt à accélérer franchement sur le tout-électrique. Le Japonais préparait le lancement de sa nouvelle Série 0, une famille de modèles 100 % électriques censés marquer un tournant stratégique, avec pour commencer un grand SUV et une berline. Il y avait de l'ambition ! Mais le calendrier a brutalement changé. En mars, Honda a annulé la sortie de ces véhicules juste avant leur lancement...
Deux mois plus tard, Toshihiro Mibe, le patron du groupe, officialise les choses auprès de la presse. Sans renoncer officiellement à l’électrique, le constructeur japonais reconnaît que la demande ne progresse pas partout au rythme espéré. La marque cherche donc à réorienter une partie de ses moyens vers les motorisations hybrides.
Cette inflexion se traduira par une nouvelle offensive produit. À partir de 2027, Honda prévoit de lancer une génération inédite de modèles hybrides. Ces derniers reposeront sur une nouvelle plateforme et un système technique entièrement revu.

Crise inédite chez Honda : est-ce vraiment la faute à la voiture électrique ?
Le groupe annonce 15 modèles hybrides de nouvelle génération dans le monde d’ici 2030. Pour ne pas s'éparpiller, Honda décide de concentrer ses efforts sur trois marchés prioritaires : l’Amérique du Nord, le Japon et l’Inde, avec des stratégies différentes selon les usages et le niveau de maturité. L'Europe devient donc un marché secondaire... La firme nippone a profité de cette conférence pour présenter deux concepts : une berline hybride pour Honda et un SUV hybride pour Acura, la marque haut de gamme du constructeur.

Dans le cadre de cette nouvelle stratégie, le constructeur cherche également à rendre l'hybride plus rentable. L’objectif affiché est de réduire de plus de 30 % le coût du futur système hybride par rapport à celui lancé en 2023. Honda promet aussi une amélioration de la consommation de plus de 10 % sur ses prochains modèles hybrides. Dans ce discours, on ressent les enjeux industriels. Honda cherche à produire des véhicules plus compétitifs, plus vite, et avec une structure de coûts allégée.
Et ce repositionnement touche directement l’appareil de production. Aux États-Unis, Honda va réaffecter la capacité excédentaire de ses usines de l’Ohio à la production de véhicules essence et hybrides. Toutes ses usines automobiles nord-américaines devront être capables d’assembler des modèles hybrides. Le partenariat avec LG Energy Solution est lui aussi réorienté : une partie des lignes prévues pour les batteries de véhicules électriques sera convertie à la production de batteries destinées aux hybrides.
Le coup de frein sur l’électrique est particulièrement visible au Canada. En effet, Honda a décidé de suspendre « pour une durée indéterminée » son projet de chaîne de valeur complète dédiée aux véhicules électriques dans le pays. Il était initialement question d'un investissement à 10 milliards d'euros. Au printemps 2025, le groupe a expliqué vouloir réévaluer sa stratégie d’approvisionnement...
Pour autant, Honda ne ferme pas la porte au tout-électrique. Le groupe maintient son objectif de neutralité carbone en 2050 et continue de travailler sur une future plateforme électrique, ainsi que sur les batteries à électrolyte solide. Mais on voit bien que le calendrier ne sera pas du tout le même.
À court terme, la priorité n’est plus d’accélérer à tout prix sur l’électrique, mais de restaurer la rentabilité de l’activité automobile. Les véhicules hybrides devraient y contribuer, mais la tâche ne sera pas aisée.











