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Témoignage – À 24 ans, Hugo crée son entreprise pour monter des moteurs de Tesla dans d'anciennes voitures de course

Hugo Griera et le proto Re-Race 01

Avant même de recevoir son diplôme de l’Ecole nationale d’ingénieurs de Tarbes (ENIT), Hugo a créé sa société Aurora Racing technologie. Sa structure va poursuivre deux activités complémentaires : la conversion au zéro émission d’anciennes sportives utilisées par les écoles de pilotage et la maintenance des voitures électriques. Dans sa démarche, il est soutenu par deux acteurs clés dont nous parlons régulièrement : le spécialiste du rétrofit Marc Areny et le réseau Revolte.

« Je m’appelle Hugo Griera, j’ai 24 ans et je suis tout récemment diplômé de l’ENIT. Durant ma scolarité, j’ai créé mon entreprise Aurora Racing Technologie. Installée à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées, elle porte une idée simple : prolonger la vie des véhicules et de leurs composants grâce à l’électrique, au réemploi et à la réparation. Nous développons cette démarche à travers deux activités complémentaires : le rétrofit de véhicules de compétition avec Re‑Race, et le diagnostic et la réparation de véhicules électriques routiers avec PrEVilège ».

C’est par ces quelques phrases que le tout jeune ingénieur s’est présenté à nous. Piqués dans notre curiosité journalistique, nous avons voulu en savoir davantage. Déjà, lancer une activité professionnelle tout en poursuivant un cursus pour devenir ingénieur, ce n’est pas si évident : « Plutôt que de faire des stages, l’ENIT encourage ses élèves ingénieurs à créer leur entreprise. Pour moi, le début de l’aventure remonte à 2021. A la base, je voulais fonder une société, mais pas particulièrement autour des véhicules électriques ».

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C’est une rencontre qui a aiguillé le Pyrénéen : « Directeur de l’Ecole de la performance de Nogaro, Guillaume Pantaine m’a orienté vers le rétrofit électrique. En raison des nuisances sonores causées par les véhicules thermiques de compétition, les circuits peuvent être amenés à réduire de plus en plus leurs horaires d’ouverture en semaine. Ce problème peut être résolu avec des modèles électriques, en particulier d’anciens thermiques rétrofités. C’est l’objectif de Re-Race, de donner une nouvelle vie aux voitures de compétition ».

La plupart de nos lecteurs le savent, le rétrofit consiste à débarrasser une voiture essence ou diesel de ses moteur, réservoir de carburant, ligne d’échappement, etc. pour y loger à la place une batterie et une machine électrique : « Nous appliquons ce principe aux véhicules de compétition, notamment pour les écoles de pilotage qui en sont en général propriétaires. Notre premier prototype, Re-Race 01, est une Formule France Coupé convertie. Il associe une motorisation Tesla à une batterie en seconde vie, pour un poids d’environ 750 kg ».

Ces éléments sont fournis par Marc Areny : « Nous privilégions le réemploi de moteurs et de batteries issus de véhicules électriques. Avec Marc, nous avons en point commun d’avoir grandi dans le même village des Pyrénées-Orientales. Il nous a poussé, nous a fait croire en nous : c’est vraiment chouette de sa part. Développé par Exess Compétition, l’engin que nous avons converti était propulsé via une chaîne par un bloc de moto. Nous avons supprimé ces deux éléments. A la place, nous avons monté un moteur électrique qui peut offrir jusque 147 kW de puissance ».

Le proto Re-Race 01 d'Aurora Racing Technologie

Le proto Re-Race 01 d’Aurora Racing Technologie

Au départ du projet, il était même question de 184 kW : « Nous avons revu la puissance pour privilégier la maniabilité, le fun et la facilité de pilotage. Pas question que celui qui a reçu en cadeau une Smartbox pour s’amuser un peu sur un circuit se fasse peur au volant. Pour faire oublier le bruit du moteur thermique, il fallait un comportement à la hauteur. Un fort couple est disponible en sortie des virages pour de fortes accélérations, à la place d’une trop grande vitesse de pointe. Sur notre Re-Race 01, elle est tout de même à 170 km/h ».

Le travail de la petite équipe d’Aurora Racing Technologie porte sur la conception du véhicule, l’intégration et le pilotage des composants pour le groupe motopropulseur électrique, la sécurité et les tests : « Re‑Race 01 a réalisé ses premiers essais sur circuit avec succès. L’un des avantages de notre approche est de pouvoir faire évoluer le véhicule pour intégrer de nouvelles technologies de batteries au fil du temps. Pour une école de pilotage, une capacité de 40 kWh aujourd’hui est adaptée. En revanche 30 kWh suffiront pour un particulier ».

Un projet Re-Race 02 est déjà en cours de développement : « Un démonstrateur devrait être présenté mi-2027. Avec ce véhicule, nous ne sommes plus sur un modèle de Formule France. Nous visons par exemple les courses de côtes. Pour concevoir cette sportive électrique, nous nous sommes référés aux règlements les plus stricts. Sécurité, doublon, impact de la batterie, etc. : On a déjà fait 95 % du travail. En 2028, elle devrait être totalement conforme. Sur cette voiture, on aura vraisemblablement une vitesse de pointe de 180 km/h ».

La question des ravitaillements en énergie des batteries a été étudiée avec soin : « Pour les essais en phase de R&D, on est sur de la recharge lente. Ensuite, on serait sur une puissance de 35 kW compatible avec les capacités moyennes des circuits pour brancher plusieurs voitures en même temps et avec le coût de l’installation des bornes. Nous poursuivons désormais les essais et allons prospecter les écoles de pilotage pour proposer la conversion de leurs véhicules. Nous avons déjà quelques touches ».

Pour la Re-Race 02, Aurora Racing Technologie va s’appuyer sur un modèle de compétition vieillissant mais encore répandu dans les écoles de pilotage : « Il s’agit d’une sportive qui a maintenant quasiment 20 ans et dont les pièces de rechange deviennent difficiles à trouver. Avec le rétrofit, on récupère le châssis et c’est reparti pour dix ans. En 2028, nous pensons dupliquer notre solution à un autre modèle, en nous concentrant cependant sur un seul à la fois. En ciblant la compétition et les écoles de pilotage, nous sommes dans un marché de niche. Nous projetons de modifier une centaine de voitures ».

Les propositions de rétrofit de Hugo sont diversement appréciées : « Du côté des responsables de circuit, certains sont ouverts, d’autres moins. Ce sont surtout les écoles de pilotage que nous contactons, ce sont elles les principales intéressées. Certaines sont partantes, d’autres attendent de voir ce qu’on peut faire, mais il n’y a pas de réfractaire puisque notre solution permet de faire durer les voitures et d’élargir les horaires d’utilisation en semaine sur les circuits. Nous assurerons la maintenance, la fourniture des pièces, la réparation des batteries, etc. ».

Aurora Racing Technologie est encore une petite structure : « En plus de moi qui suis désormais à plein temps, j’ai deux stagiaires de l’ENIT. Ce qu’il y a d’intéressant dans cette école d’ingénieurs, c’est sa formation qui se base sur des généralités avec en application des travaux manuels. Par son intermédiaire, nous avons accès au laboratoire d’électronique de puissance Primes pour nos tests. Cet établissement travaille aussi, par exemple, sur l’avion hybride d’Aura Aero ».

Le savoir-faire développé avec l’activité de rétrofit des voitures de compétitions, Aurora Racing Technologie va le mettre à la disposition des électromobilistes et des professionnels via son activité PrEVilège de diagnostic et réparation de véhicules électriques routiers. L’entreprise va aussi prochainement devenir un garage branché du réseau Revolte, et même bien plus que ça : « L’objectif est d’accompagner les garages généralistes et les propriétaires dans le diagnostic des pannes, notamment sur les batteries et les systèmes de puissance ».

Cette activité va démarrer au début de l’année prochaine. En plus de la Renault Zoé que Hugo utilise déjà pour les trajets locaux, un utilitaire électrique va être acheté : « Nous n’avons pas prévu pour l’instant de dépanneuse, les clients amèneront donc pas leurs propres moyens leur véhicule chez nous. Mais nous pourrons aller sur place dans un rayon raisonnable avec un Renault Kangoo électrique pour effectuer les diagnostics. Sur place, c’est par exemple dans un garage qui n’est pas sensibilisé aux VE. Lorsque ce sera possible, nous proposerons une réparation ciblée ».

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On retrouve dans les propos du jeune ingénieur beaucoup du vocabulaire employé par Revolte et la même volonté de n’intervenir que sur le plus petit élément responsable de la panne : « Une défaillance sur un composant ne devrait pas systématiquement conduire au remplacement d’un ensemble complet. PrEVilège veut répondre à un enjeu essentiel pour la mobilité électrique : permettre aux véhicules de durer et rendre leurs réparations plus accessibles, techniquement comme économiquement ».

Avec le lancement de l’activité de diagnostic et de réparation, l’équipe va s’étoffer un peu : « Je vais embaucher deux mécanos techniciens pour février 2027. Le démarrage nécessite un gros investissement pour le matériel et être conforme aux obligations de sécurité. Dans un premier temps, je pense qu’on va surtout intervenir sur les Tesla et voitures électriques coréennes pour lesquelles il y a de fortes demandes. Pour les marques européennes, les électromobilistes préfèrent encore aller chez leur concessionnaire ».

Hugo détaille : « Il y a maintenant beaucoup de Tesla en France et les services après-vente du constructeur sont désormais encombrés. Nous pourrons par exemple intervenir sur les moteurs et les batteries. Le problème des coréennes, c’est que les pièces sont chères quand elles ne sont plus couvertes par la garantie. Pour ces voitures électriques, on s’attend à intervenir sur les chargeurs, onduleurs, moteurs, batterie, etc. Concernant le problème des roulements au niveau des moteurs, on a ça aussi sur les Tesla et les Renault Zoé ».

Bevolt et moi-même remercions beaucoup Hugo pour sa disponibilité et son témoignage qu’il nous a proposé. Merci aussi à Marc Areny de lui avoir suggéré de nous contacter.

Afin de ne pas décourager nos lecteurs de témoigner dans le futur, tout commentaire désobligeant à l’encontre de nos interviewés, de leur vie, de leurs choix, et/ou de leurs idées sera supprimé. Merci de votre compréhension.

Philippe Schwoerer
PS
Avis de l'auteur

Philippe Schwoerer

En attendant que les règles du rétrofit électrique soient assouplies en France, il n’y a que sur des marchés de niche et/ou pour des véhicules ne circulant pas sur la voie publique que la pratique peut être rentable. C’est déjà ça, mais c’est bien dommage d’en être limité là quand le dérèglement climatique frappe toujours plus fort à nos portes.

Si un tel assouplissement arrivait, les acteurs ayant déjà acquis un grand savoir-faire seraient aux premières loges pour effectuer une telle transformation au bénéfice des entreprises comme des automobilistes.

Quoi qu’il en soit, les écoles de pilotage et les dirigeants et propriétaires des circuits ont effectivement tout intérêt à passer leurs véhicules à l’électriques afin de retrouver ou conserver une grande amplitude d’ouverture dans la semaine. Dans quelques mois, il sera sans doute très intéressant d’interroger les pilotes de ces voitures afin de recueillir leur avis sur les conversions réalisées par Aurora Racing Technologie.

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Auteur et journaliste, Philippe est un passionné de voitures électriques depuis de très nombreuses années.
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